Splendeur et misère du clitoris.

En 1600, Giulio Cesare Casseri publie une planche anatomique intitulée « semi-écorché d’une jeune fille ». Sur cette gravure, le clitoris est représenté de manière assez correcte, bien mieux en tout cas que dans l’ensemble des manuels scolaires disponibles sur le marché francophone en 2016… Troublant, n’est-ce pas ? Assisterions-nous là à une régression de la science ?
En fait non. Nous avons plutôt affaire à un changement de plan des églises chrétiennes et du pouvoir en ce qu’ils prétendent régir nos usages et représentations de nos propres corps, en bref, un changement d’objectif du bio-pouvoir (le pouvoir que les Etats exercent sur les corps et la santé).
Que s’est-il passé ? Jusqu’au 19ème siècle, la science était convaincue que le plaisir féminin jouait un rôle essentiel dans la fécondation. L’idée c’était que le plaisir de la femme libérait une certaine substance qui, au contact du sperme, se solidifiait et devenait l’embryon.
La jouissance féminine était donc très étudiée en ces temps bénis et on en faisait l’éloge le dimanche à l’église. Il arrivait même qu’on tolérât la répudiation d’un époux pour absence d’orgasme de sa dame ! Je vous entends soupirer d’aise jusqu’ici, les amis.
Malheureusement, le pot à la Rose finit par être découvert. De tristes savants, des hommes évidemment, montrèrent que pas du tout du tout mesdames, votre plaisir ne détermine en rien votre fécondité !
Catastrophe !
Alors, directement, la stimulation du clitoris a été rangée dans la catégorie « masturbation ». Et là, quand vous avez reçu cette étiquette, vous êtes mal ! Parce que la masturbation, ça risque de ralentir la courbe des plaisirs démographiques. Imaginez un court instant : si les couples se mettaient à se caresser et à se masturber mutuellement au lieu de privilégier l’éjaculation dans le vagin… Mince ! Il fallait réagir.
Alors, tout le monde : les médecins, les scientifiques, les prêtres, les enseignants, tout le monde va passer le clitoris sous silence. On va faire comme s’il n’existait pas, ne pas dire où il est, ni à quoi il est bon, ni à quoi il ressemble, puisqu’aussi bien, il ne sert à rien ! Juste à jouir…
Et ça va marcher. Aujourd’hui, 84 % des filles ignorent son usage et même si elles se caressent, elles le font maladroitement. Aujourd’hui, la plupart des femmes ignorent la forme véritable de leur clitoris ! Elles ne savent pas qu’il a des jambes et qu’il est bien plus grand que son bouton et son capuchon. Aujourd’hui, des dictionnaires et des encyclopédies nous font encore croire qu’il est petit et externe. Aujourd’hui, même en sexologie, on vous tient un discours réducteur et embarrassé sur le clitoris !

Il faut dire que le Viennois le plus machiste de l’histoire (non, pas Hitler, l’autre : Freud !) n’a pas aidé. Traumatisé par un père abusif qui obligeait (c’est Sigmund qui le dit) ses enfants à lui prodiguer masturbations et fellations, Freud avait un gros problème avec les caresses et le plaisir. Il va développer une sorte de diktat ravageur et pseudo-scientifique suivant lequel l’orgasme clitoridien serait immature et signe de névrose, tandis que l’orgasme vaginal serait le seul vrai plaisir de la femme qui se respecte ! Quant à l’homme, il était prié de se contenter d’aller et venir dans le vagin de sa partenaire sans caresses complémentaires. Et les dames étaient sommées de jouir comme ça.
Dois-je vraiment vous dire les terribles ravages que cette doctrine abusive a provoqués dans les couples ? Dois-je vous dire à quel point ce type était monstrueux ? Je ne comprends pas pourquoi ni les instances nationales et internationales de psychanalyse, ni les milieux féministes, n’ont jamais publiquement rejeté et condamné ces élucubrations mortifères (je dis bien « mortifère » : des femmes se sont suicidées à cause de ces conneries !).
Et puis. Et puis il y a nous. Toi. Moi. Toutes ET Tous. Et nous, on sait ! Maintenant, en tout cas, on sait. Alors oui, on va pas se fermer aux orgasmes divers et variés qu'offre le reste du corps (on en reparlera, t'inquiète... coquine va) mais on va pas NON PLUS bouder notre plaisir clitoridien. Allons fièrement le revendiquer. Gland en avant, faisons-nous tripoter/sucer/lécher/titiller (PAS de mention inutile, ne barrez rien). Aimons-le. Cultivons notre plaisir externe ET interne. Apprenons à parler au clitoris. Apprendre en s'amusant. Elle est pas belle, la vie?
"Facile à dire mais, concrètement, on fait comment?" Hé, on va pas te laisser dans le flou. C'est pas notre genre On t'explique dans un prochain article.

En 1918, Georgia o'Keeffe révélait sa série de toiles intitulée Music Pink and Blue. Sous couvert de représenter des motifs floraux, elle offrait une vision poétique de la vulve. Il nous semble évident qu'elle avait compris la dimension interne du clitoris.
Al & Xa




















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